Quelque chose d’émouvant a progressivement pris le pas, à l’exemple de cette Tentative d’effacement d’une page du monde3 à la fin de laquelle ne subsiste qu’un lambeau de peau. Déjà dans la série des témoins4, les regards cernés d’une surface recouverte de noir semblaient s’extraire du néant dans une entreprise lazarienne5. Il ne faudrait pourtant pas limiter le travail à l’intelligence de cette part d’ombre car l’émotion ressentie vient également de l’extrême ambivalence de ce qui nous est présenté. L’ambigüité et une certaine confusion semblent être manipulées avec soin pour que le contour de chaque œuvre puisse rester flou et capable de faire basculer leur lecture.
Ces possibles basculements sont sans doute une des principales préoccupations de l’artiste, ils se fabriquent au bénéfice d’une archéologie du quotidien : « Des couches innombrables d’idées, d’images, de sentiments sont tombées successivement sur votre cerveau, aussi doucement que la lumière. Il a semblé que chacune ensevelissait la précédente. Mais aucune n’a péri »6. Au contraire même, elles communiquent entre elles par le biais d’un réseau aux canalisations souterraines qu’exploite habilement Marc Geneix. L’impertinence des combinaisons formelles où s’associent par exemple l’image d’un verre et celle d’une bouche d’égout n’a d’égale que la qualité poétique qui s’en dégage. Les œuvres de Marc Geneix sont multivoques et c’est sans doute pour cela qu’elles semblent nous observer avec des regards si familiers.
1 Le scénario de l’inéluctable, 2009
2 Je pense notamment à Monde, voir l’illustration ci-jointe.
3 Tentative d’effacement d’une page du monde, journal effacé, 2009.
4 Les témoins, série, 2009.
5 Pour les chrétiens Lazare fut ressuscité, son image hanta la littérature de Zola comme une figure d’une résistance face à la mort.
6 Les paradis artificiels, Charles Baudelaire, chap. VIII Vision d’oxford, le palimpseste