Suivant les contractions temporelles des instances de notre société de l'information, Marc Geneix procède par des glissements qui deviennent autant de manières d'incursions, de mises en réseaux et d'entrées multiples à une tentative d'inscription ou d'appréhension du monde. On pensera à son remake de la bannière étoilée américaine devenu drapeau blanc symbolique et ultime clin d'œil à l'œuvre de Jasper Johns. On pensera aussi à ce pull noir tricoté sur lequel figure le nom du groupe Sonic Youth reposant sur un portant, à la fois vestige mélancolique de l'accessoire du fan et installation pop, sombre et monochrome.
La référence récurrente au fameux film de Charles Laughton La nuit du chasseur est révélatrice de cette narration prismatique, inquiétante et légendaire. Sculptures slogans, ornements ambigus et emblématiques, l'artiste moula ainsi dans le bronze deux poings américains, chacun arborant les célèbres « love » et « hate » tatoués sur les phalanges du pasteur incarné par Robert Mitchum.
De la même façon qu'il instaure des boucles en citant des extraits de films, Marc Geneix propose une circulation du fragment : la vision par éclats d'un état de conscience contemporain tout en questionnant ses ressorts de vraisemblance, de fictions ou de généalogies.
Cadavres exquis puisant dans une actualité sur papier, ses dessins-collages confectionnés à partir de coupures de presse sont à cet égard symptomatiques. Images of Dark news développe cet effet miroir, traduction du positionnement critique et sans fard de l'artiste.
A la croisée entre l'histoire et l'histoire de l'art, des données sociologiques et politiques, Marc Geneix mène une réflexion aiguisée et lucide sur le temps à l'œuvre, ses effigies et ses résonances. Une certaine idée de l'événement ou des événements. L'empire contre-attaque.